Changer le récit, un festival à la fois

Dernière mise à jour : 18 oct.

Nous avons regardé arriver les gens avec anticipation. Nous croisons les doigts pour que ce samedi déjà très nuageux ne devienne pas plus gris, et pour que tout le travail investi dans ce Festival Soul Food porte ses fruits.

Photo © @terencebk

L’inspiration initiale pour ce festival est venue d’un désir de changer le récit concernant les migrants et les réfugiés. Au mieux dans notre société, nous avons été conditionnés à s’inquiéter (légitimement) des conditions dangereuses auxquelles cette population fait face. Nous jugeons les migrants et les réfugiés sans jamais penser à deux fois. Nous les imaginons seulement dans des situations extrêmement négatives, volant nos métiers, dormant dans des camps de réfugiés sales et bondés, et nous oublions de dissocier leur humanité de leur statut d’immigrant. Avant la récente détresse des immigrés ukrainiens, nous n'imaginions pas que les réfugiés avaient des vies et objectifs similaires aux nôtres (et maintenant ce fait ne concerne que les refugiés ukrainiens blanc et chrétiens aux yeux de la majorité). Les médias ne montrent que quelques exemples négatifs et les détails tristes de la complexité qui est la migration intercontinentale. Ces histoires sont souvent orchestrées pour attiser la peur et encourager une séparation plutôt qu'à des sentiments de solidarité et de compassion.

Photo © @terencebk

L'objectif de Soul Food est de changer cela. Nous faisons attention aux informations sur nos jeunes membres que nous partageons. Nous ne postons que des photos respectables d’eux, ou ils sont des jeunes normaux, car c'est ce qu'ils sont. C'est aussi pourquoi nous ne montrons pas leur visage en ligne. Nous sommes fermement en accord avec l'opinion grandissante qui est que les images les plus diffusées poussent à la déshumanisation des migrants et des réfugiés. Nous ne croyons pas que partager leur histoire doit attiser un sentiment de pitié, et nous trouvons plus simple de se concentrer sur la vue d'ensemble en ne montrant pas leurs visages. A Soul Food nous choisissons plutôt de partager leurs intérêts, leurs talents, leurs opinions et les moments spéciaux que nous partageons avec eux. Nous avons pris en compte toutes ces considérations en planifiant le Festival Soul Food.


Les gens ont afflué pendant toute la journée. Ils ont pu apprécier la nourriture préparée en collaboration avec les chefs Simone Auscher, Maxime Bonnabry Duval et Luis Miguel Andrade et les gâteaux fournis par nos partenaires. Les plats inspirés de l’Afrique de l’ouest ont été préparés avec des ingrédients invendus qui auraient été autrement jetés, et des produits traditionnels de la Goutte d’Or, le quartier africain au nord de Paris. Le menu proposait une version végétarienne du classique pot-au-feu, enrobé d'une galette de sarrasin avec une crème à la moutarde. Les deux plats principaux étaient une soupe kandia, préparée à base d’okra, de tomates et de bœuf mariné, et de Saka-saka, avec des feuilles de cassava. Les deux plats ont été servis avec du riz et des bananes plantains. Pour le dessert, un des jeunes membres de Soul Food a évoqué un dessert qu'il avait l'habitude de manger chez lui au Mali : des beignets. Ils ont été servis avec des morceaux de fruits frais, un confit d'orange et les invités pouvaient choisir entre une sauce au chocolat tonka ou une sauce au caramel au beurre salé. Les jeunes membres ont été fiers d'aider Miguel a préparer et servir les plats de ces délicieuses créations jusqu'à qu'il n’y en ai plus (Ce qui arriva très rapidement). Ils ont adoré travailler tous ensemble autour de cet intérêt commun de cuisine culturelle, et ils ont été très fiers du résultat.



Le programme du festival était composé de diverses performances et activités artistiques. Des musiciens de la Goutte d’Or ont joués avec des instrument traditionnels et un DJ local a rempli la pièce de musiques afro-caribéennes, latino, funk et Afrobeat. Nous avons reproduit un atelier de dessin qu'un jeune membre de Soul Food avait élaboré pour une édition antérieure du festival, et nous avons ajouté un concours de dessin et un projet artistique collaboratif et éphémère de dessin sur une immense fenêtre. Ce projet est devenu une réelle performance artistique et les invités, les membres de Soul Food et les passants ont utilisé des marqueurs blancs pour répondre à la question : “Qu’est ce qui vous inspire?”.


Les personnes qui sont venues au Festival Soul Food ont pu en apprendre davantage sur les initiatives non lucratives de Soul Food, mais ils ont pu surtout deconstruire leurs idées préconçues sur les notions de migrations et sur les migrants et réfugiés. Plutôt que de s'intéresser à leurs situations difficiles, nous avons mangé leur nourriture, les avons regardés sourire fièrement, nous avons apprécié la même musique et avons créé de l'art ensemble. Cela n'enlève en aucun cas notre empathie collective. Cela a en réalité l'effet inverse, car tous les fonds acquis lors de ce festival sont directement reversés à l'association et sont utilisés pour des initiatives non lucratives qui aident les jeunes migrants et réfugiés. Notre festival est une célébration joyeuse de l'art, de la diversité et de la solidarité. La diversité présente était d’une beauté et d'une authenticité rafraîchissante, et c'est exactement ce dont nous avons besoin pour changer la vision sociale négative de cette population.



Les migrants et les réfugiés ne sont pas une crise, et le récit qui est diffusé sur eux est profondément dangereux. Avec le Festival Soul Food nous continuons de remettre en question ces récits problématiques et nous offrons une représentation alternative positive, tout en contribuant directement aux initiatives qui les aident.


#SoulFoodForMigrantYouth




Photos par Terence Bikoumou (@terencebk)

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