Une forme d'art : la mode éthique

En tant que forme d'art, la mode peut être utilisée comme vecteur de changement social. Grâce aux vêtements que nous portons, nous pouvons démanteler les préjugés et créer des représentations positives des communautés minoritaires. Nous pouvons raconter des histoires qui obligent les gens à poser des questions importantes et à repousser les limites conventionnelles qui nous aident à désapprendre les pratiques et croyances néfastes sur des choses comme l'image corporelle et la valeur qu'il convient d'accorder aux vêtements que nous portons. L'impact humain et environnemental d'une industrie qui fournit quelque chose que la plupart d'entre nous utilisons est vaste, mais avec des termes tels que « durabilité », « sweatshops / atelier de misère » et « green washing / écoblanchiment » étant régulièrement utilisés, il peut être difficile de faire la part des choses. C'est un sujet qui nous intéresse depuis un certain temps, mais au cours des derniers mois, alors que nous passions plus de temps sur notre première collection de produits dérivés, nous y réfléchissons encore plus.


Nous vivons dans un monde fait de réalités intersectionnelles. La mode n'existe pas dans une bulle indépendante. Nous signifions grâce à elle des caractéristiques importantes à propos de nous-mêmes. C'est ainsi qu'environ 22,67 millions de personnes gagnent leur vie dans le monde. Cette industrie a un impact direct sur des questions telles que le droit du travail, les libertés fondamentales et le changement climatique. La rentabilité de l'industrie de la mode est largement, sinon exclusivement, due à une combinaison de main-d'œuvre féminine bon marché et à l'exploitation de la main-d'œuvre migrante, et ce dans un mépris général de l'impact de cette industrie sur la planète. L'apparition régulière de problèmes de santé rencontrés par les travailleurs agricoles de plantations de coton et les personnes vivant dans des communautés proches des installations de teinture de vêtements sont des problèmes qui ont historiquement été ignorés. La même chose peut être dite sur le fait qu'il faut environ 8 000 litres d'eau et un demi-kilo de produits chimiques pour faire une paire de jeans.


Ces problèmes et ces chiffres ne sont que la partie visible d’un iceberg. Lorsque les gens essaient de les rectifier, il en résulte souvent une simplification excessive. Nous avons tendance à considérer les problèmes à travers nos perspectives étroites et à considérer les choses par rapport à leur impact direct sur nos vies individuelles, sans prendre en considération le problème au sens large. Par exemple, nous ne devrions pas seulement nous concentrer sur l'endroit où les produits sont fabriqués (c'est maintenant devenu une expression familière pour signifier la qualité ou les niveaux de « coolitude » lorsque nous déclarons que quelque chose n'est « pas fabriqué en Chine »), mais comment sont-ils fabriqués, avec quelles méthodes et par qui. Nous devrions nous demander comment nos vêtements voyagent du Bangladesh ou de la Chine jusqu'à nos placards à l'autre bout du monde. Au lieu de justifier ces achats en utilisant la possibilité de donner des vêtements dont nous ne voulons plus ou dont nous n'avons plus besoin, nous devrions nous concentrer sur l'achat d'articles faits pour durer, même s'ils coûtent plus cher. Changer notre perspective de cette manière aurait notamment un impact positif sur les chaînes d'approvisionnement de production, les vêtements finissant souvent dans les pays en développement, leur présence rend obsolète le besoin de créateurs locaux. Le marché secondaire des vêtements transforme ainsi négativement les économies et les psychés locales au sein de sociétés très éloignées de l’origine des vêtements en question.

Les sujets de l’aide sociale et environnementale sont particulièrement complexes.

Ethical Fashion Initiative roundtable event Paris, France
Photo © Soul Food / Kryssandra Heslop

Un exemple peut être tiré de l’événement Ethical Fashion Initiative auquel nous avons participé récemment, où des orateurs ont exhorté les créateurs locaux à acheter des tissus de fabrication traditionnelle auprès de créateurs artisanaux de divers pays africains soutenus par l’EFI. S'il s'agit d'une initiative essentielle pour la survie de l’artisanat pour les pays aidés par l’EFI, la question de la situation précaire des ateliers de couture locaux et des vendeurs de tissus traditionnels de « la Petite Afrique de Paris » doit être posée. Bien qu'habitant en France, ceux-ci ne bénéficient pas de conditions de vie et de travail nécessairement stables. Ils manquent régulièrement de travail, ce qui impacte leur stabilité financière et souvent même menace par voie de conséquence leur statut administratif de travailleur étranger. Ils sont donc grandement aidés par les créateurs locaux qui leur achètent des tissus et les emploient pour contribuer à leurs collections. Si ces créateurs choisissaient d'arrêter cela au profit d'artisans d'autres pays, leur situation deviendrait encore plus difficile. Aussi bien intentionnées soient-elles, ces options (par exemple, donner des vêtements ou favoriser les petites entreprises dans d'autres pays) ne sont donc pas systématiquement les solutions les plus éthiques, tout comme simplifier à l'excès ces problèmes n'est pas le meilleur moyen d'assurer des résultats positifs.


Comme c'est souvent le cas, l'éducation est la meilleure voie à suivre. On peut soutenir que l'un des problèmes les plus importants de ce sujet complexe est que la personne moyenne ne sait pas comment ses vêtements sont fabriqués ni même où ils sont fabriqués. Cela signifie intrinsèquement que la plupart de nous ne sommes pas conscients de l'impact environnemental, social, humain ou économique causé par ceux-ci, ni ne sommes capables de prendre soin de leurs vêtements pour s'assurer qu'ils durent plus longtemps. Pourtant, il y a de l'espoir parce que la mode peut être démocratique. Nous avons le pouvoir d'acheter des vêtements qui nous parlent, sont fabriqués de manière éthique et créés consciemment. Nous pouvons choisir de porter des vêtements culturellement représentatifs de créateurs comme Walé Oyéjidé, qui utilise ses collections pour renverser les récits négatifs sur les communautés minoritaires et les migrants irréguliers. Nous pouvons choisir de nous renseigner sur les marques d'upcycling qui gaspillent le moins possible, comme super marché, ou celles qui combinent l'upcycling avec d'autres enjeux sociaux importants, comme HoMie, qui utilise ses bénéfices pour financer leurs programmes d'aide aux jeunes sans-abri. On peut consommer moins et se concentrer sur les petites marques sur mesure, comme Maison Cleo, ou choisir d'acheter autant que possible du vintage et de l'occasion. Grâce à nos achats auprès de marques comme Maison Château Rouge et Lukhanyo Mdingi, nous pouvons contribuer à des projets qui visent à fournir une autonomisation économique équitable aux communautés qui en ont le plus besoin. Nous avons le pouvoir de créer des changements significatifs en nous renseignant sur ces problèmes et en transformant notre approche de l'habillement quotidien. Une robe ou un t-shirt peut être plus que de simples vêtements. Ils peuvent être des œuvres d'art qui entraînent des changements sociaux et environnementaux.

T-shirts de notre association à Paris, France
Photo © Soul Food / Kryssandra Heslop

C'est là que nous avons commencé le parcours de mode de Soul Food, en recherchant ces problèmes et en prenant le temps de nous assurer que nous faisons de notre mieux en termes de qualité, d'éthique et de durabilité. En créant notre première collection de produits dérivés, nous nous sommes éloignés des marques dites de “fast-fashion” qui nous auraient probablement facilité la vie et nous auraient permis de réaliser des bénéfices plus importants en produisant et en vendant nos produits à moindre coût. Au lieu de cela, nous avons choisi des produits de qualité fabriqués de manière éthique. Nos t-shirts sont produits au Bangladesh par Stanley Stella, une entreprise certifiée éthiquement par plusieurs entités et normes internationales et indépendantes. Ils travaillent uniquement avec du coton 100% biologique et des matériaux recyclés. Nos t-shirts sont fabriqués par des personnes avec des conditions de travail équitables dans un pays pourtant durement touché par le dumping social et environnemental. L'un des modèles de notre première collection est en coton non teint (100% biologique), ce qui le rend encore plus respectueux de l'environnement. Ils sont également de taille inclusive. Nos feuilles d'autocollants sont recyclables et biodégradables. Ils sont produits par Print.Work, fabriqués en partie à partir de matériaux recyclés. Pour réduire les déchets, nous avons opté pour un emballage minimal (en particulier, de la ficelle à pain de GARN & MEHR, au lieu d'une boîte) et avons choisi les sacs d'expédition Packhelp fabriqués à partir d'amidon végétal biologique et entièrement biodégradables. Nous avons décidé d'utiliser le système de pré-commande/dépôt, non seulement pour réduire les coûts, mais aussi pour produire le moins de déchets possible car nous ne produirons que des marchandises achetées ou utilisées par notre organisation (aucun de nos article est limité par un stock). Alors que nous continuons à nous développer et à utiliser notre collection de produits pour collecter des fonds pour nos initiatives, l'éthique et la durabilité feront toujours partie de chaque processus et objectif de prise de décision.


Lorsqu'elle est faite correctement, la mode contribue à un paysage culturel plus large et rend le monde meilleur en invoquant des conversations significatives, en sensibilisant et en responsabilisant les personnes qui contribuent à la création d'une pièce ou d'une collection. La mode consciente raconte des histoires inédites et stimulantes et donne aux gens l'impression d'être les meilleures versions d'eux-mêmes. La mode éthique dure assez longtemps pour laisser un impact minimal sur l'environnement. En tant que forme d'art, la mode a le pouvoir de créer un changement social et de remettre en question les idées d'image corporelle, de classe, de beauté et de conventions. Grâce à son influence, nous pouvons en apprendre davantage sur nous-mêmes et sur d'autres cultures, et être inspirés pour préserver des traditions significatives et trouver des solutions créatives aux problèmes environnementaux et sociaux les plus urgents d'aujourd'hui.


#SoulFoodForMigrantYouth




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